Les réseaux sociaux, les plateformes de streaming et de nombreuses applications du quotidien partagent aujourd’hui un objectif commun : capter et maintenir l’attention des utilisateurs.

Ce fonctionnement repose sur des mécanismes complexes issus de l’intelligence artificielle et des algorithmes, dont les effets sur les comportements numériques et les usages excessifs des écrans tel que l’hyperconnexion (temps de connexion quotidien important, pouvant dépasser 7h30 par jour) font aujourd’hui l’objet d’une attention croissante.

Comprendre les technologies derrière nos usages numériques

 

L’intelligence artificielle désigne un ensemble de méthodes permettant à des systèmes informatiques de réaliser des tâches habituellement associées à l’intelligence humaine, comme analyser des informations, reconnaître des schémas ou anticiper certains résultats.

Une IA n’interprète pas une conversation comme une personne, mais identifie des régularités dans les données pour produire une réponse. Elle est déjà présente dans de nombreux usages du quotidien : recommandations de films/séries, suggestions de produits ou services clients sur les sites de commerce en ligne ou encore filtrage de contenus sur les réseaux sociaux…

Un algorithme est une suite d’instructions permettant de traiter des données afin de produire un résultat. Dans le numérique, il agit comme un moteur de décision qui analyse les comportements des utilisateurs afin de proposer des contenus adaptés.

Lorsqu’il est associé à l’intelligence artificielle, l’algorithme devient capable d’apprendre à partir des usages et d’ajuster ses recommandations, ce qui rend les contenus proposés de plus en plus pertinents… et souvent plus engageants.

Les plateformes analysent ainsi en continu de nombreux signaux : sites consultés, mots-clés, interactions (likes, partages, commentaires), temps passé sur un contenu, localisation ou encore historique et rythme de navigation.

À partir de ces données, elles construisent des profils de préférences de plus en plus précis. Résultat : les contenus proposés deviennent progressivement plus ciblés… et donc plus difficiles à quitter !

Les algorithmes sont aujourd’hui intégrés dans de nombreux services numériques, qu’il s’agisse des réseaux sociaux, des plateformes de streaming, des moteurs de recherche, des sites de commerce en ligne ou encore des applications mobiles.

Données personnelles, consentement et politiques de confidentialité

L’utilisation des algorithmes repose fortement sur la collecte de données personnelles. Lors de l’installation d’une application ou de la création d’un compte, l’utilisateur doit accepter les conditions générales d’utilisation ainsi qu’une politique de confidentialité pour pouvoir accéder au contenu souhaité.

Dans les faits, ces documents sont rarement consultés dans leur intégralité. Le consentement est souvent donné rapidement, sans réelle compréhension des données collectées qui alimenteront ensuite la personnalisation des contenus.

Ce consentement, bien qu’exigé formellement, n’est donc pas toujours pleinement éclairé, car l’utilisateur ne mesure pas systématiquement l’étendue des informations partagées ni les usages qui en seront faits. Cela s’explique notamment par des textes souvent longs et complexes, un manque de clarté sur l’utilisation des données, et des interfaces qui incitent à accepter rapidement sans lecture attentive.

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Une captation de l’attention optimisée

L’objectif principal est simple : maximiser le temps passé sur une plateforme.

Pour y parvenir, plusieurs stratégies sont mises en place :

  • Un contenu personnalisé, adapté à chaque utilisateur

  • Le scroll infini, sans point d’arrêt naturel

  • Les notifications régulières, qui relancent l’attention

  • Le principe de récompense variable

Ce dernier est particulièrement efficace : inspiré des mécanismes des jeux de hasard, il repose sur une idée simple ; l’utilisateur ne sait jamais quand va apparaître le prochain contenu jugé intéressant. Cette imprévisibilité favorise la répétition du comportement.

Ainsi, à chaque interaction, le cerveau anticipe une possible satisfaction, activant son système de récompense. Avec le temps, ce mécanisme peut entraîner une perte de repères temporels, une difficulté à s’arrêter et une automatisation des usages.

Une étude de l’ANSES publiée en décembre 2025 souligne que les plateformes de réseaux sociaux, via leurs systèmes algorithmiques et dispositifs incitatifs, contribuent à capter et maintenir l’attention, avec des effets observés sur la santé psychique et physique : troubles du sommeil, fatigue visuelle, baisse de l’attention, dévalorisation de soi, comportements à risque et apparition de symptômes dépressifs. Il est important de tenir compte du contexte et de la nature de l’utilisation en plus de la durée concernant l’impact sur la santé mentale.

Au-delà des réseaux sociaux, une étude du National Bureau of Economic Research (2025), portant sur l’analyse de 1,5 million de conversations ChatGPT, met également en évidence l’intégration croissante de ces outils dans les usages quotidiens.

Certains modèles de langage comme ChatGPT fonctionnent par prédiction probabiliste du mot suivant en fonction du contexte des échanges. L’expérience s’ajuste au fil de la conversation, en s’appuyant sur les formulations de l’utilisateur, ce qui renforce la fluidité et la pertinence des réponses. Ce fonctionnement peut encourager un usage répété, notamment lorsque l’outil devient un support régulier d’aide, de recherche ou de prise de décision. Dans certains cas, cette accessibilité permanente peut s’inscrire dans des dynamiques proches de l’hyperconnexion, augmentant le risque de développer une forme de dépendance fonctionnelle à l’outil.

À partir de quand parle-t-on d’usage à risque ?

Dans le cadre d’une utilisation raisonnée et encadrée, ces outils ne représentent pas systématiquement un danger pour la santé et peuvent aussi s’avérer utiles. Leurs effets dépendent essentiellement de la façon dont ils sont utilisés : ils peuvent apporter des bénéfices, mais aussi s’avérer problématique en cas d’usage excessif ou non maîtrisé. Dans un contexte où le numérique se développe continuellement et s’intègre toujours davantage à notre quotidien, il apparaît important de rester attentif et vigilant.

Certains signaux peuvent alerter sur un usage à risque :

  • Difficulté à limiter son temps d’écran (par exemple penser scroller quelques minutes avant de dormir et constater qu’une heure s’est écoulée)

  • Comportements compulsifs ou automatisés, avec une consultation des applications sans intention préalable

  • Irritabilité ou frustration lors de l’arrêt ou en l’absence d’accès

  • Impact sur le sommeil, les relations sociales ou les activités du quotidien

Ces usages ne relèvent pas nécessairement d’une addiction au sens clinique, mais peuvent s’inscrire dans une dynamique d’usage problématique. Ils peuvent s’installer de manière progressive et s’ancrer dans le quotidien, jusqu’à devenir des réflexes difficiles à réguler.

Ces systèmes ne constituent pas une cause unique, mais ils jouent un rôle important dans le maintien et le renforcement de certains comportements. En proposant des contenus personnalisés, continus et adaptés aux centres d’intérêt de l’utilisateur, ils favorisent la répétition des usages, prolongent le temps d’exposition et rendent la déconnexion plus difficile.

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Un impact dans le milieu professionnel

Si ces mécanismes sont souvent associés aux usages personnels, ils ont également des répercussions dans le cadre du travail.

Aujourd’hui, les environnements professionnels sont fortement numérisés avec une multiplication des outils numériques ainsi que des sollicitations constantes (emails, messageries, logiciels de saisies, notifications…). Les frontières entre les espaces personnels et professionnels en deviennent parfois confuses.

Dans ce contexte, les mécanismes de captation de l’attention peuvent fragmenter la concentration, rendre la déconnexion plus difficile, alourdir la charge mentale et favoriser des formes d’hyperconnexion, voire de dépendance numérique.

Même dans des environnements professionnels peu digitalisés, l’usage du smartphone tend à s’imposer de manière intrusive. Cette situation peut favoriser un isolement social, en réduisant les interactions entre collègues, et exposer à des risques d’accidents liés à l’inattention, par exemple lors de la consultation d’une application via son téléphone en conduisant ou sur une ligne de production.

Du côté des organisations, ces enjeux ouvrent également des perspectives en matière de prévention, de sensibilisation et de qualité de vie au travail, notamment autour de la régulation des usages numériques et du droit à la déconnexion. Comprendre le fonctionnement des algorithmes peut aider à prendre du recul sur ces pratiques et à mieux prévenir leurs usages.

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