La coupe du monde vient de commencer : derrière cette ferveur se cache une autre réalité : celle des paris sportifs

Selon l’Autorité Nationale du jeu, 57% des Français prévoient de suivre la coupe du monde et 41% d’entre eux envisagent de parier sur les rencontres, une proportion en Hausse de 5 points par rapport au Mondial 2022.

Aujourd’hui alors que tout est accessible sur notre smartphone, la frontière entre passion et dépendance s’est réduite considérablement.

Les mécanismes du pari sportif

Même pour une personne novice, la facilité d’usage des applications de paris sportifs et l’immédiateté des formules proposées (parier sur le prochain joueur marquant un but, parier en cours de match etc) suppriment le temps de réflexion et la mise à distance nécessaire au « self control ».

Regardons alors ensemble de plus près les mécanismes du pari sportif :

Le Near missing

Le Near missing (ou presque gagné) c’est par exemple, ce pari combiné sur plusieurs équipes de football qui échoue à la 89 éme minute. Au lieu de comprendre qu’il a perdu, le cerveau du parieur traduit cela comme un signal de réussite imminente « avec la sensation qu’il n’était pas loin, qu’il y était presque, que le prochain pari sera le bon ».

Le Near missing opère « une torsion psychologique » : la frustration ne décourage pas le parieur, elle le stimule. Le joueur ressent une décharge d’adrénaline si intense qu’elle efface instantanément la réalité de la perte d’argent. Le message reçu par le cerveau n’est pas « tu as perdu » mais « tu as failli gagner, tu as la compétence pour deviner la suite ». A l’adrénaline, s’ajoute également la libération de dopamine (l’hormone du plaisir que l’on retrouve également dans la consommation de produits psychoactifs). Cela entraine inlassablement ; le joueur a l’envie de rejouer pour se refaire.

D’ailleurs, le Near missing maintient bien souvent les joueurs dans un comportement « de chasse ». De nombreuses applications de paris sportifs savent parfaitement qu’un joueur qui gagne tout le temps s’ennuie, un joueur qui perd tout le temps s’en va. L’idée est de rester dans cette boucle du « j’y étais presque », créant alors un sentiment d’inachevé. Le match est terminé mais le parieur lui ressent un besoin viscéral de relancer une mise pour terminer cette action qu’il a presque réussie. Le profil parfait pour maintenir les sessions de jeu compulsives, c’est le joueur qui passe tout près du but.

L’illusion du contrôle et l’illusion de la rationalité

Autre mécanisme que nous observons dans le jeu pathologique et les paris sportifs : l’illusion du contrôle et l’illusion de la rationalité. Alors que pour certains jeux tels que le loto, la notion de hasard a toute son importance, le parieur a lui, l’illusion d’une rationalité et de maitrise de son jeu. Il analyse les statistiques, les côtes des équipes, l’état de forme des joueurs de foot.

L’ensemble de ces données crée ce qu’on appelle en psychologie, l’illusion du contrôle. Le parieur est intimement convaincu qu’il peut prédire le résultat des matchs. Le pari sportif utilise cette fine frontière entre compétences perçues et hasard réel pour amener le joueur à poursuivre sa pratique.

À quel moment cette pratique devient-elle problématique ?

L’OMS a officiellement intégré la notion de gaming disorder (trouble du jeu vidéo) dans la classification internationale des maladies mais le parallèle avec le jeu pathologique dont les paris sportifs est intéressant.

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Dans les deux cas de figures, nous retrouvons :

  • La perte de contrôle, et notamment l’incapacité à réguler sa pratique (la fréquence, le montant des mises qui augmentent pour ressentir le même niveau d’excitation, la durée, l’intensité).

    Le joueur veut s’arrêter mais l’impulsion et l’adrénaline liée au stress du résultat sont trop fortes.

  • La priorité accordée au jeu : le jeu prend le dessus sur toutes les autres activités du quotidien, la communication, les responsabilités professionnelles, conjugales ou familiales etc.

    On ne regarde plus, la coupe du monde, pour la beauté d’un match mais uniquement pour l’enjeu financier

  • La poursuite malgré les conséquences négatives : anxiété, endettement, emprunt d’argent, dissimulation des pertes d’argents, mensonges, conflits familiaux ou conjugaux, isolement social etc.

Force est de constater que la technologie a agi comme un accélérateur : auparavant, pour parier, il fallait se déplacer dans un point de vente, alors qu’aujourd’hui en un clic, tout est accessible.

Pour les opérateurs de jeux en ligne, une grande compétition internationale représente bien souvent, un point culminant, les budgets publicitaires explosent pour capter de nouveaux profils de joueurs.

A coup de slogans publicitaires, la coupe du monde normalise les comportements à risque : parier peut presque devenir un acte de supportérisme obligatoire.

Face à ce phénomène, voici 7 conseils pour reprendre le contrôle sur sa pratique :

  • 1

    Installer des bloqueurs sur son téléphone et son ordinateur (betblocker par exemple).

  • 2

    Confier sa gestion financière à un proche de confiance (gestion des comptes, cartes bancaires plafonnées en dépôt et retrait).

  • 3

    S’auto-exclure des plateformes (fermeture immédiate des comptes dans les paramètres des applications) L’auto-exclusion concerne uniquement les sites auxquels on choisit de s’exclure et est valable pour une période de 24 heures à 1 an.

  • 4

    Mettre en place une interdiction volontaire de jeux, en France l’ANJ (Autorité Nationale des Jeux) bloque l’accès à tous les sites de paris en ligne et casino pour une durée de 3 ans.

  • 5

    En parler à un proche pour ne pas rester dans l’isolement ou contacter les professionnels de santé ou structures d’aide (CSAPA, médecin addictologue etc) ou Joueurs info service au 09.74.75.13.13.

  • 6

    Rediriger sa recherche d’intensité (de dopamine). Le jeu pathologique procure des décharges de dopamine et d’adrénaline très puissantes. Le manque crée un vide immense. L’idée est alors de trouver des « substituts sains » (investir son énergie dans des activités qui procurent un engagement mental ou des sensations fortes (sport de haute intensité, un projet créatif ou associatif etc).

  • 7

    Identifier les déclencheurs : repérer les « moments à risque » (ennui, stress, solitude, visionnage d’une compétition sportive etc) pour prévoir une activité alternative à ces moments précis. Rappelons d’ailleurs que le craving (ce besoin irrépressible de consommer un produit psychoactif ou de jouer) est un phénomène transitoire.

    Les travaux du psychologue G. Alan Marlatt , et notamment son ouvrage Relapse prevention publié en 1985 où il mentionne le Urge surfing ( le surf sur l’envie) montrent qu’un craving , s’il n’est pas renforcé par des pensées obsédantes ou par l’accès au produit , atteint un pic d’intensité en quelques minutes avant de décroitre naturellement.

    Un épisode de craving dure généralement entre 10 et 15 minutes au niveau de son pic d’intensité et ne dépasse rarement 20 à 30 minutes. En ayant cette information, le joueur peut apprendre petit à petit à mobiliser son attention sur une activité autre.

En comprenant les mécanismes du jeu pathologique et en s’entourant d’une équipe de professionnels, nous redonnons à la Coupe du monde, sa dimension de fête partagée et populaire.

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