Les réseaux sociaux occupent une place croissante dans nos vies numériques depuis le début des années 2000. Comme pour tout produit digital, leur utilisation couvre un spectre allant d’un usage simple à un usage excessif, voire à une dépendance du champ des addictions comportementales. Par ailleurs, les usages de ces réseaux sont personnels, mais aussi professionnels, avec des effets variés, brouillant souvent la frontière entre vie privée et vie professionnelle. Quel est l’impact de l’usage des réseaux sociaux sur leurs utilisateurs, sur le travail, et sur la santé des salariés ?

Les réseaux sociaux dans la vie quotidienne

En 2024, les réseaux sociaux incontournables dans le quotidien de plus de 50 millions de français sont Meta (ex Facebook), X (ex Twitter), Instagram, Whatsapp, LinkedIn, Messenger, Snapchat, TikTok, ou encore Pinterest. Leurs usages sont pluriels : communiquer avec ses proches par messageries, publier et lire des posts, visionner des contenus vidéos, ou encore réaliser des achats. Sur smartphone, ordinateur fixe ou portable, l’usage des réseaux sociaux s’est accru lors du premier confinement de la pandémie du Covid-19, pour rester en contact avec famille et amis, mais aussi pour faciliter les échanges en entreprise.

Les réseaux sociaux en milieu de travail

Dans le monde du travail, LinkedIn, premier réseau social professionnel créé en 2003, a atteint 16 millions d’utilisateurs en France en 2021. Fin des années 2000, les réseaux sociaux se sont introduits en milieu professionnel, avec les réseaux sociaux internes comme Workplace, Yammer, Talkspirit… Seuls les salariés et dirigeants des entreprises ont accès à ces plateformes sociales internes, indépendantes des réseaux sociaux publics ou professionnels. Leur utilisation facilite la circulation de l’information, les échanges ouverts, et encourage les collaborations internes.

Les réseaux sociaux publics et professionnels transforment également les domaines de l’économie et du travail. Ils sont devenus indispensables à la visibilité, aux ventes des entreprises, et à une veille concurrentielle. C’est ainsi que, selon le baromètre ACSEL, 84 % des commerçants ont une page professionnelle sur les réseaux sociaux en 2024. Par ailleurs, les professionnels du recrutement utilisent les réseaux sociaux pour accéder aux profils des candidats mais aussi pour contacter directement les entreprises présentes sur ces réseaux, et les chercheurs d’emploi ainsi que les salariés en poste peuvent trouver de nouvelles opportunités professionnelles.

Usage des réseaux sociaux, hyperconnexion et cyberdépendance

En 2024, les adultes passent en moyenne 1h48 par jour sur les réseaux sociaux. Mais leur usage peut devenir excessif et aboutir à une addiction comportementale. Cette dépendance s’appuie sur l’activation du circuit cérébral de la récompense, qui libère de la dopamine (neurotransmetteur apportant sensation de bien-être et de satisfaction), par l’effet des échanges virtuels et de la validation sociale procurée par les « likes ». Concernant les outils numériques, il est question d’hyperconnexion (au sens d’un temps de connexion quotidien de plus de 7h30, avec des utilisations diverses pour le travail, le divertissement ou la communication), à distinguer de la cyberdépendance (au sens d’un besoin impérieux d’exercer une activité en ligne, avec perte de contrôle de l’usage et poursuite de l’activité en dépit des conséquences négatives induites).

Impact de l’usage des réseaux sociaux sur les utilisateurs

La règle des 5C permet d’évaluer si un usage des réseaux sociaux devient excessif, si sont présents :

  • Une perte de Contrôle : de la fréquence d’utilisation et/ou du temps passé sur les plateformes sociales ;

  • Un usage Compulsif : besoin répétitif de se connecter sur les réseaux, de scroller, souvent sans objectif particulier ;

  • Un Craving : envie irrépressible de se connecter aux réseaux ;

  • Des Conséquences négatives : poursuite de l’usage malgré les effets délétères pouvant de produire sur la santé physique et/ou psychologique, la vie familiale, sociale et professionnelle ;

  • Un usage Continu : ou chronique pendant 12 mois.

Les symptômes à évaluer pour mesurer l’impact de l’usage de ces plateformes sont :

  • La difficulté à déconnecter : par peur de manquer une information potentiellement importante (appelée FOMO, ou fear of missing out) ;

  • La négligence de tâches importantes (travail, scolarité/études, activités domestiques) ;

  • Des troubles du sommeil (retard d’endormissement, durée de sommeil non respectée) avec risque d’installation d’une fatigue chronique, de somnolence ;

  • Des difficultés de concentration : par les interruptions répétées pour vérifier les notifications émises par les réseaux, avec baisse de l’efficacité, de la productivité ;

  • Des modifications de l’état psychologique : stress, anxiété, sentiment de frustration si impossibilité de connexion aux réseaux ;

  • Des effets physiologiques de l’usage excessif d’écran : fatigue visuelle, troubles musculosquelettiques de la main, des doigts et/ou du poignet, céphalées ;

  • Un isolement social : les échanges virtuels prennent le pas sur les rencontres dans le monde réel ;

  • La sédentarité.

Impacts de l’usage des réseaux sociaux dans le monde du travail

Les effets de l’usage des réseaux sociaux sur le travail et sur les salariés varient selon la nature de ces plateformes et leur utilisation personnelle et/ou professionnelle.

Impact des réseaux sociaux sur le travail

Les réseaux sociaux professionnels et les plateformes sociales internes améliorent les possibilités de recrutement, les collaborations, les échanges d’informations, la visibilité et les ventes des entreprises, ainsi que la veille concurrentielle.

Cependant, l’usage de ces plateformes, pour s’octroyer une pause alternative à la machine à café et pour rester en contact avec ses proches, peut perturber l’activité de travail. En effet, outre les formats courts de contenus qui se succèdent et amènent une passivité et une perte de la notion du temps dans leur défilement, l’une des caractéristiques addictogènes des réseaux sociaux concerne les notifications de messages et de publications. Ces notifications peuvent engendrer de multiples interruptions de tâches pendant l’exécution du travail, et ainsi réduire la concentration et diminuer la productivité. L’usage des différents types de réseaux sociaux (internes, publics et professionnels) peut ainsi contribuer à accroitre la charge informationnelle et perturber la capacité de traitement des informations.

Impact des réseaux sociaux sur les salariés

Lorsque les réseaux sociaux sont utilisés à titre professionnel (pour mettre en avant les produits ou services d’une entreprise) ou lors d’un usage des réseaux internes pour un projet collaboratif, une réponse immédiate est généralement attendue de la part des internautes ou collègues qui commentent les publications. Les salariés chargés des réseaux sociaux publics ou professionnels, ou les collègues du projet collaboratif, peuvent se sentir contraints de surveiller leur objet connecté afin de répondre sans délai, entraînant des interruptions de tâches, mais aussi un possible débordement de l’activité professionnelle hors temps de travail, empiétant sur la vie privée le soir, le week-end ou pendant les congés.

L’usage des réseaux sociaux (publics, professionnels ou internes) peut également véhiculer des situations de cyberharcèlement, c’est-à-dire de harcèlement moral ou sexuel par des commentaires ou des publications à visée d’intimidation ou d’humiliation, ou par des mises à l’écart de certaines personnes dans des discussions en ligne sur les plateformes sociales. Les effets du cyberharcèlement sur l’individu peuvent prendre la forme de stress, d’anxiété, de dépression ; sur le travail, l’impact peut être une diminution de la performance (productivité et qualité du travail), un isolement social (exclusion, évitement des collègues).

Comment prévenir un usage excessif voire une addiction aux réseaux sociaux ?

Sur le plan individuel au quotidien

Pour redonner à nos usages virtuels une place convenant à un équilibre de vie avec la réalité et une variété d’activités, il est souhaitable de se fixer quelques règles, comme :

  • Prendre conscience de l’usage: en fixant des limites de temps quotidien ; en planifiant des journées sans consultation des plateformes ; en désactivant les notifications (pour éliminer les interruptions constantes) ; en choisissant des contenus instructifs (pour éviter de scroller indéfiniment) ;

  • Privilégier des activités en lien avec le réel: activités sportives (pour contribuer à réduire le stress et à limiter la sédentarité) ; lecture ; activités artistiques (musique, dessin, théâtre…) ; rencontres physiques plutôt qu’échanges virtuels ;

Sur le plan collectif en entreprise

En 2017, un accord a été conclu par les partenaires sociaux portant sur l’accompagnement au développement du numérique, afin de limiter les risques d’addiction et de surcharge d’informations pour les salariés. Il appartient aux employeurs de respecter la vie privée de leurs salariés et leur droit à la déconnexion le soir, le week-end et pendant les congés.

Sensibiliser et former les salariés aux usages des outils numériques, intégrant les réseaux sociaux, identifier les signes d’alerte, favoriser le dialogue, évaluer l’ambiance de travail sont des leviers pour l’entreprise afin de préserver la santé et la sécurité des salariés. GAE Conseil accompagne entreprises et salariés via des sensibilisations comme l’Addicto Pixels®, des formations, et un accompagnement des salariés en difficulté par ses consultants experts en addictologie.