Quand on évoque les effets de l’alcool, on peut penser à certaines conséquences concrètes, comme la perte de réactivité, la somnolence, la dépendance, etc. Mais savez-vous exactement quelles actions l’alcool a sur le cerveau ? Quelles sont ses répercussions directes, mais aussi à plus long terme ?
De nombreux phénomènes entrent en jeu : découvrez les régions du cerveau touchées, comment cela se manifeste, quel lien avec l’addiction, etc.

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Consommation d’alcool : les incidences immédiates sur le système nerveux

Quand une personne consomme une boisson alcoolisée, que ce soit de manière occasionnelle, fréquente ou bien addictive, cela induit plusieurs effets directs dans le cerveau. Certains paraissent contradictoires, mais ils peuvent survenir simultanément ou successivement :

  • Effet anesthésiant : l’alcool est un sédatif, du fait d’un ralentissement de la communication entre les neurones. C’est ce qui explique la sensation de somnolence et la fatigue après l’ingestion d’alcool, mais aussi une baisse de la vigilance et de la capacité de concentration, des mouvements plus lents, etc.

  • Effet euphorisant: l’alcool est un libérateur de dopamine, hormone responsable d’un état de bien-être, de confiance, d’énergie, etc.

  • Conséquences sur la maîtrise de soi et certaines capacités cognitives : en entrant en contact avec le cortex frontal, les molécules d’éthanol y ralentissent l’activité nerveuse et altèrent l’auto-régulation, la capacité à raisonner, etc.

  • Perte de motricité, d’équilibre et de coordination: cette conséquence provient de l’action de l’alcool sur le cervelet, la partie du cerveau qui gère les mouvements et leur coordination.

  • Troubles de mémorisation, mémoire à court et long terme altérée : la consommation excessive d’alcool impact l’hippocampe, centre de la production de nouveaux neurones, ainsi que de la mémorisation et de l’apprentissage.

  • Altération des réflexes biologiques (ex. : respiration, pulsations du cœur) : une forte dose d’alcool peut anesthésier la moelle épinière, qui fait le lien entre le cerveau et d’autres organes essentiels du corps humain. Dans les cas les plus graves, cela peut mener au coma, voire au décès, l’individu n’étant plus capable d’assurer automatiquement ses fonctions vitales.

L’éthanol, substance active de l’alcool, agit donc sur les neurones et dans toutes les régions du cerveau, ce qui explique qu’il ait des conséquences à des niveaux si variés. Les manifestations et leur intensité peuvent cependant différer selon certains facteurs : entre les hommes et les femmes, selon l’âge, selon que l’on consomme fréquemment ou non, que l’on se contente d’un verre ou que l’on soit dans une consommation excessive, en fonction d’autres troubles de santé, etc.

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L’alcool et la dépendance : explication du circuit de la récompense

Au-delà des effets quasi directs de l’alcool sur le cerveau, et de ses répercussions sur l’état de santé du système nerveux à plus long terme, il est essentiel de considérer les liens entre alcool, effet sur le cerveau et spirale de l’addiction.

L’alcoolodépendance tient à un phénomène bien connu dans la recherche en biologie et en médecine : l’activation du circuit de la récompense. Pour l’expliquer en termes simples, il s’agit d’un processus selon lequel la consommation d’une substance crée le plaisir, puis le manque, et donc le besoin de consommer à nouveau et toujours plus. Voyons plus précisément comment cela fonctionne :

  • Lorsqu’une personne prend un verre d’alcool, l’aire tegmentale ventrale ou ATV (une des régions du cerveau) reçoit des informations sur le niveau de satisfaction ressenti.

  • L’ATV transmet cette information au noyau accubens, par le biais de neurotransmetteurs, qui prennent la forme de dopamine (« hormone du plaisir »).

  • Quand la substance consommée est psychoactive, comme c’est le cas de l’alcool, la dopamine est libérée en grande quantité, procurant une sensation de bien-être.

  • Le cerveau mémorise cette sensation, et en vient même à anticiper cette récompense, libérant de la dopamine même en l’absence de consommation.

  • On entre alors dans le cercle vicieux de l’addiction, où le manque et l’accoutumance incitent à une surconsommation (en quantité et en fréquence).

Syndrome de Korsakoff et alcoolisation chez les jeunes : les effets irréversibles de la consommation chronique

En plus des effets immédiats et du risque d’addiction, l’alcool agit à long terme sur la santé du système nerveux (sans parler des risques de cancers, des maladies du foie, des problèmes cardio-vasculaires, etc.).
Pire encore, des pratiques comme le binge-drinking et la consommation répétée au cours de l’adolescence peuvent avoir des conséquences irréversibles sur le cerveau.

L’alcool chez les jeunes peut notamment être un véritable fléau, car le cerveau continue de se développer même à l’âge adulte (la croissance se termine autour de 21 à 23 ans). Toute substance psychoactive a donc une résonnance bien plus forte chez le jeune public et peut même altérer les capacités cérébrales à longue échéance, entraînant des troubles de la mémoire, de l’impulsivité, des difficultés à mener des réflexions, etc. Sans compter le risque accru de développer une dépendance à l’alcool à l’âge adulte. Plus la consommation a lieu tôt, plus le risque est important : il peut-être 10 fois plus élevé chez un jeune qui commence à consommer des verres d’alcool vers 12 ans qu’à partir de l’âge de 18 ans.

Un autre exemple concret des effets dévastateurs et irréversibles de l’alcool sur le cerveau, c’est le syndrome de Korsakoff. Ce syndrome résulte d’une addiction de longue date, du fait des conséquences de l’alcool sur les fonctions cérébrales et des carences nutritionnelles que peut entraîner l’alcoolisme chronique. Les patients atteints de Korsakoff souffrent ainsi de séquelles irréversibles, affectant principalement leur mémoire et développant leur tendance à fabuler. C’est pourquoi on entend aussi parler de « démence de Korsakoff ».

Prévention de la consommation d’alcool : des actions de nécessité publique

Hommes et femmes, jeunes et moins jeunes : l’éthanol contenu dans la bière, le vin et les spiritueux peut affecter tout le monde, altérant sur son passage bon nombre de fonctions cérébrales.

La prévention reste alors l’une des meilleures armes pour inciter les jeunes à reculer leur première consommation, pour faire comprendre le rapport bénéfices-risques de tendances comme le binge-drinking ou encore pour alerter sur les conséquences de l’alcool dans la vie personnelle et la vie professionnelle. D’ailleurs, les entreprises ont aussi leur rôle à jouer face à ces problèmes et peuvent devenir des acteurs de prévention majeurs auprès de leurs salariés. Des ateliers ludiques à l’accompagnement personnalisé en passant par des témoignages, les outils à la disposition des employeurs sont nombreux dans la lutte contre les dangers de l’alcool.

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portrait Alexis Peschard

A propos de l'auteur :

Alexis PESCHARD est addictologue et le président-fondateur du cabinet GAE Conseil, cabinet aujourd’hui incontournable de la prévention des conduites addictives dans le monde du travail en France. Il dirige le Pôle Conseil en addictologie du cabinet et développe des projets en prévention primaire pour le compte de clients grands comptes et branches professionnelles. Il a fait l’objet de plusieurs centaines d’interviews en presse écrite, radios et chaînes de télévisions nationales. Il intervient enfin régulièrement dans le cadre de congrès scientifiques, journées d’études et est publié chaque année dans différentes revues RH, juridique... Il est l’auteur du livre « Tous accros aux écrans » publié aux éditions Mardaga.

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