Les diverses campagnes de publicité pour lutter contre les méfaits de l’alcool ont permis d’ancrer certaines réalités dans la tête des citoyens : la consommation d’alcool réduit le temps de réaction, elle engendre de sérieux problèmes de santé, elle peut faire courir des risques inconsidérés, etc.

Mais il y a une chose dont on parle moins, et qui a pourtant son importance : les effets de l’alcool sur la personnalité. Quiconque a déjà bu quelques verres a pu en faire l’expérience : son humeur est altérée, de façon positive comme négative. C’est aussi vrai pour l’altération de la personnalité, plus en profondeur et sur le long terme. Voyons ensemble comment cela se manifeste et quels sont les phénomènes en jeu lorsque l’on consomme cette substance.

impact alcool personnalité

Les effets psychiques immédiats de l’alcool

L’éthanol, principe actif de l’alcool, agit sur le cerveau de façon presque immédiate. Et qui dit action sur le cerveau, dit conséquences sur nos capacités cognitives (mémoire, raisonnement, etc.), nos interactions sociales ou encore les émotions ressenties. Comment cela se passe-t-il exactement ? L’alcool agit en réalité de plusieurs façons après être passé dans l’estomac et dans le sang :

  • Il active des récepteurs GABA, qui ont une fonction d’inhibition neuronale. Cela induit un ralentissement de l’activité nerveuse au niveau du cortex cérébral.

  • Il inhibe les récepteurs NMDA, qui sont essentiels à notre système nerveux et qui influent notamment sur la mémoire et d’autres fonctions cérébrales.

  • La consommation d’alcool met également en marche le circuit de la récompense: le taux de dopamine s’accroît, et lorsqu’il redescend, cela conduit à une recherche effrénée de consommer à nouveau.

Ces différents phénomènes peuvent expliquer une modification de la personnalité, ou plutôt du comportement et de l’humeur, dans les minutes et les heures qui suivent la prise d’alcool. Cela peut se traduire de plusieurs manières : accroissement de la confiance en soi, désinhibition, sensation de détente, réduction de l’anxiété, euphorie, etc. On pourrait alors penser que la consommation de quelques verres d’alcool n’aurait qu’un effet « positif » sur l’humeur des individus et produirait uniquement des sensations agréables.

Toutefois, il y a aussi le revers de la médaille, puisque la désinhibition peut aussi être synonyme de violence, d’agressivité, d’impulsivité, de prise de risque (sur la route et dans les rapports sexuels notamment), etc. Et cela peut conduire à des situations très dangereuses, d’autant qu’en étant sous l’emprise de l’alcool, on a tendance à mal analyser la situation et à faire fi des conséquences. N’oublions pas également les sentiments de tristesse, d’angoisse et de solitude qui peuvent accompagner une soirée arrosée.

Les impacts sur l’humeur peuvent varier selon différents critères, en fonction du sexe, de la personnalité de l’individu, de son état émotionnel à l’instant T, des éventuels médicaments qu’il prend, des troubles dont il est atteint ou encore du contexte dans lequel est consommé l’alcool.

L’addiction à l’alcool et ses conséquences sur les comportements

Outre les effets biologiques et chimiques induits par la présence d’alcool dans le sang, il faut prendre en considération les impacts du phénomène de dépendance. L’alcool, comme les autres drogues, est en effet une substance addictive. Dès lors que l’alcoolisme s’installe, on peut alors constater différents changements de comportements et de personnalité chez les sujets concernés :

  • Agressivité et irritabilité, d’autant plus visibles lorsque l’individu est « en manque » ou lorsqu’il est en période de sevrage alcoolique ;

  • Isolement, pour pouvoir consommer sans être vu ou jugé et pour être certain d’être toujours dans une situation propice à la consommation ;

  • Perte de l’estime de soi et sentiment de honte, en particulier chez les sujets qui ont pris conscience de leur dépendance ainsi que des problèmes qui en découlent, sans pour autant réussir à s’en sortir ;

  • Développement ou augmentation de troubles anxieux, voire dépression, entraînant la personne dépendante dans un cercle vicieux ;

  • Une consommation continue et excessive entraîne aussi des difficultés à raisonner, à se concentrer, des pertes de mémoire et d’autres problèmes cognitifs, qui influent sur la vie sociale, personnelle et professionnelle.

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Les troubles cognitifs et les maladies psychiatriques liés à l’alcool

Sur le long terme, la dépendance en elle-même n’est pas la seule problématique. Une consommation répétée et trop importante d’alcool peut avoir des effets irréversibles sur le cerveau. Il en résulte une perte de mémoire, des troubles de l’humeur, des troubles de l’attention, des difficultés à apprendre, etc. On ne peut pas à proprement parler d’une modification de la personnalité, mais tous ces symptômes altèrent sans conteste les capacités intellectuelles et sociales chez les individus souffrant d’alcoolisme.

Il paraît également important de noter que l’addiction à l’alcool peut déclencher des troubles psychiques, voire aggraver des troubles psychiatriques. Plusieurs études ont fait état de liens de corrélation et de causalité entre alcool et trouble psychiatrique. L’un et l’autre s’entraînant mutuellement, sans que l’on puisse parfois déterminer si l’alcool est une cause ou une conséquence de la maladie. Parmi les troubles psychiques et psychiatriques concernés, on trouve notamment la dépression, les troubles du spectre de la schizophrénie, les troubles anxieux, les troubles de la personnalité ou encore des situations de dépendance simultanée à d’autres drogues ou comportements addictifs.

La consommation excessive d’alcool sur le moyen ou long terme ne présente pas donc seulement un risque accru de cancer, de maladie hépatique ou de maladie cardiovasculaire. Elle représente aussi un danger pour la santé mentale et pour le bon fonctionnement de notre cerveau.

Consommation excessive et addiction : mettre fin aux problèmes d’alcool

Vous avez constaté des changements de comportement ou d’humeur chez une personne de votre entourage et vous pensez que l’alcool peut être l’une des causes ? Vous avez vous-même la sensation d’être plus irritable, moins confiant, plus triste ?

Faites-vous aider par un spécialiste, pourquoi pas en consultant dans un premier temps votre médecin traitant, qui vous aidera à trouver la réponse la plus appropriée : soutien psychologique, réunions de groupe, traitement médicamenteux, suivi par un médecin addictologue, etc. En revanche, réaliser un sevrage seul ou imposer un sevrage à un proche risque aussi d’avoir des conséquences néfastes sur les comportements et l’humeur, ainsi que sur la santé physique. C’est pourquoi l’accompagnement par une personne compétente reste la meilleure manière de s’en sortir pour de bon et de retrouver une vie saine.

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portrait Alexis Peschard

A propos de l'auteur :

Alexis PESCHARD est addictologue et le président-fondateur du cabinet GAE Conseil, cabinet aujourd’hui incontournable de la prévention des conduites addictives dans le monde du travail en France. Il dirige le Pôle Conseil en addictologie du cabinet et développe des projets en prévention primaire pour le compte de clients grands comptes et branches professionnelles. Il a fait l’objet de plusieurs centaines d’interviews en presse écrite, radios et chaînes de télévisions nationales. Il intervient enfin régulièrement dans le cadre de congrès scientifiques, journées d’études et est publié chaque année dans différentes revues RH, juridique... Il est l’auteur du livre « Tous accros aux écrans » publié aux éditions Mardaga.

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