Depuis de nombreuses années, l’usage des jeux vidéo augmente de manière significative. Ceci est lié en partie à la diversité des moyens et supports disponibles, notamment l‘essor des jeux sur smartphone – aujourd’hui le support privilégié (56 %), devant la console de jeux TV (45 %), l’ordinateur (38 %) et la console de jeux portable (23 %), selon l’Agence Française pour le Jeu Vidéo.

Partie intégrante du patrimoine culturel immatériel français, les jeux vidéo nous transmettent des valeurs, nous aident à développer de nouvelles connaissances et nous font travailler nos réflexes : ils sont une source inépuisable de divertissement, d’évasion et donc de plaisir. Or, toute activité comporte un aspect addictogène car notre cerveau sécrète l’hormone du plaisir, la dopamine, lorsque nous exerçons une activité plaisante. Chez certaines personnes la recherche de plaisir va devenir compulsive et engendrer des difficultés dans différents aspects de leur quotidien : c’est la dépendance.

Comment passe-t-on du simple divertissement à l’addiction ? Comment se prémunir de la dépendance aux jeux vidéo ?

Le trouble du jeu vidéo

L’Organisation Mondiale pour la Santé reconnaît ce trouble du jeu vidéo comme étant une dépendance au même titre que celle que peut induire une substance psychoactive (alcool, tabac). Cette dépendance, qu’elle se manifeste sur smartphone, console ou ordinateur, se caractérise par une perte de contrôle sur le temps de jeu, une place grandissante accordée au détriment d’autres activités et centres d’intérêt, ainsi que par la poursuite de la pratique malgré ses conséquences négatives sur la vie quotidienne du joueur ou de la joueuse, voire sur son entourage.

Quelques chiffres clés

D’après les dernières études internationales, environ 5 % de la population étudiée dans 24 pays serait concernée par une addiction aux jeux vidéo. En France, l’enquête PELLEAS menée en 2013 sur un échantillon d’élèves en Ile-de-France a fait apparaître que pour 1 adolescent sur 8 l’usage des jeux vidéo est problématique.

Pourquoi les jeux vidéo peuvent-ils nous rendre dépendants ?

Quand nous jouons à un jeu vidéo, c’est le système de récompense de notre cerveau qui s’active et nous procure du plaisir. Par exemple, lorsque nous éliminons un adversaire dans un jeu de tir, remportons une course automobile ou explorons des décors féériques, notre cerveau libère de la dopamine, l’hormone associée au plaisir et à la motivation.

Les jeux vidéo exploitent ces mécanismes pour nous inciter à jouer davantage. Chaque victoire, découverte ou gain active à nouveau le circuit de la récompense, renforçant ainsi l’association « je joue = je me sens bien ». Certains titres vont encore plus loin en proposant des bonus quotidiens pour encourager la connexion régulière, ou en organisant des événements temporaires qui créent un sentiment d’urgence : si l’on ne joue pas, on risque de manquer quelque chose.

Par ailleurs, le sentiment d’appartenance à une équipe ou à une communauté, ainsi que la reconnaissance sociale liée à nos performances, contribuent aussi à renforcer l’engagement. Chez les jeunes en particulier, ces facteurs peuvent accentuer le besoin de jouer et parfois favoriser une forme de dépendance.

Quels sont les signes d’une addiction aux jeux vidéo ?

Jouer de nombreuses heures n’est pas synonyme d’addiction au jeu vidéo. Ce qui fera la différence, c’est l’impact négatif de cette pratique sur la vie de la personne, et le phénomène de perte de contrôle qui est un marqueur fort dans la dépendance. Quelques exemples de signes révélateurs peuvent être identifiés à partir des « 5C » qui définissent l’addiction :

  • Perte de Contrôle : des échecs répétés à réduire le temps de jeu ou à ne pas jouer du tout

  • Usage Compulsif : la difficulté à contrôler le temps passé à jouer, même en étant conscient des effets négatifs. Le joueur ressent un besoin croissant de jouer pour ressentir du plaisir ou apaiser un malaise intérieur.

  • Craving ou l’envie irrésistible et irrépressible de jouer, qui occupe les pensées.

  • Usage Continu : selon l’OMS les symptômes doivent être présents et persister depuis 12 mois minimum

  • Conséquences négatives : elles découlent de l’ensemble de ces comportements. Elles peuvent prendre la forme de problèmes relationnels (isolement social, conflits familiaux), d’une baisse des performances scolaires ou professionnelles, de difficultés financières. La sédentarité prolongée peut également entraîner des problèmes de santé (obésité, hypertension, diabète…). Certains joueurs en viennent à négliger leurs obligations personnelles ou professionnelles, et des troubles psychiques comme l’anxiété ou la dépression peuvent apparaître.

Quels sont les risques ?

La surexposition aux écrans, surtout lorsqu’elle s’étend sur de longues heures, perturbe le rythme biologique naturel. Elle augmente notamment le risque de troubles du sommeil, entraînant fatigue chronique, baisse de concentration et difficultés à rester vigilant. Par exemple, un joueur qui sacrifie régulièrement plusieurs heures de sommeil pour continuer une partie voit ses capacités d’attention diminuer. Ce manque de repos peut avoir des répercussions directes sur sa prise de poste le lendemain, réduisant sa vigilance et sa réactivité.

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La sédentarité induite par le temps passé devant les écrans constitue un autre risque majeur : elle favorise l’obésité, les maladies cardiovasculaires et le diabète. À cela s’ajoutent l’apparition de douleurs physiques, souvent liées aux positions prolongées et inadaptées, pouvant engendrer des troubles musculosquelettiques.

Les répercussions ne sont pas seulement physiques. Sur le plan psychologique, de longues sessions de jeu peuvent laisser place à un sentiment de vide, à de la culpabilité ou à une baisse de l’estime de soi. Ces difficultés constituent des signaux d’alerte à ne pas négliger.

Dès l’apparition d’une souffrance psychique, il est essentiel d’en parler avec un professionnel de santé (psychologue, addictologue, médecin traitant, etc.), qui pourra accompagner la personne dans la compréhension et la prise en charge des causes profondes.

Quelles solutions pour reprendre le contrôle ?

  • Rééquilibrer les temps de jeu : avec d’autres activités qui nous plaisent, notamment celles que nous avions délaissées, qu’il s’agisse d’activités sportives, de loisirs créatifs, etc. Le fait de redécouvrir les activités permettra également de réduire stress et anxiété liés à la stimulation constante des écrans.

  • Se fixer des limites: s’accorder des pauses régulières pendant les sessions de jeu permettra de se réancrer dans le présent et de prendre de la distance avec l’univers virtuel. Définir un temps de jeu quotidien clair est également une stratégie efficace. Par exemple, commencer par limiter sa pratique à une heure par jour, puis réduire progressivement à 30 minutes, en fonction de sa consommation initiale et de ses objectifs.

  • Changer l’environnement: Parfois, il sera nécessaire de désinstaller temporairement les jeux sur lesquels le joueur passe le plus de temps, déplacer la console ou le PC hors de la chambre pour en faire un espace sans écran, ou encore instaurer une déconnexion complète du smartphone au moment du coucher. Certains choisissent aussi de couper leur connexion internet après une certaine heure, par exemple.

  • Chercher du soutien de la part de son entourage, que ce soit pour verbaliser ses inquiétudes ou oser demander de l’aide.

  • Consulter un professionnel de santé pourra permettre de déceler des éventuels problèmes de santé et de les traiter le plus tôt possible. Votre médecin traitant pourra également être le relais vers un professionnel de la santé mentale.

En conclusion, l’addiction aux jeux vidéo ne doit pas être confondue avec une pratique excessive, mais bien avec une perte de contrôle qui entraîne des conséquences négatives dans la vie quotidienne. Les jeux vidéo peuvent être une source de plaisir, de créativité et de lien social, à condition d’en garder un usage équilibré. Repérer les signes précoces de dépendance permet d’agir plus tôt et d’éviter que la situation ne s’aggrave.

Des solutions existent : réorganiser son temps de jeu, renouer avec d’autres activités, demander du soutien à ses proches et à des professionnels. Réguler son usage, c’est redonner au jeu sa place : celle du divertissement.

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