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Hypersexualité – les dessous d’une addiction

Vous est-il déjà arrivé de vous demander si vous étiez addict au sexe ? De vous questionner sur votre « normalité » en matière d’activité sexuelle ?
Visuel hypersexualité

Qu’est-ce que l’hypersexualité ?


Déconstruisons tout d’abord les mythes : le concept de libération sexuelle n’est pas nouveau puisque dans l’antiquité déjà, les activités sexuelles étaient bien plus débridées que de nos jours ! Après quelques phases pudibondes de notre histoire, nous sommes aujourd’hui arrivés à une nouvelle ère : celle du besoin de satisfaction quasi-immédiate des besoins sexuels, au détriment des fantasmes et du désir liés à l’attente, les deux faisant partie intégrante du processus sexuel.


Dans ce monde où l’homme et la femme sont hypersexualisés, nous faisons face à une forme d’injonction sociétale à l’extase « comme on veut, quand on veut »… Dans ce contexte, il peut être difficile de se situer entre appétence sexuelle et le sentiment d’être piégé par des besoins impérieux de satisfaction sexuelle, résistants à toute forme de contrôle.


C’est précisément ici que se trouvera le curseur, lorsque les conduites sexuelles deviennent compulsives, c’est-à-dire que la personne ne contrôle plus ses pensées et les images envahissantes ainsi que les comportements de «consommation» sexuelle.


Ces comportements ont des conséquences négatives puisque la vie familiale, sociale et professionnelle en sont fortement impactées. Mais surtout, ils provoquent de grandes souffrances pour le sujet, tant aux niveau émotionnel, identitaire que physique… On parlera alors d’hypersexualité ou d’addiction sexuelle.

Il existe des critères assez précis d’appréciation du trouble :


● l’addiction détermine le comportement quotidien de la personne.


● différents plans de sa vie sociale sont appauvris ou menacés.


● l’individu addict est dans une grande détresse psychique son corps et ses capacités cognitives sont impactés négativement.


l’addiction persiste malgré les tentatives répétées d’arrêt.


C’est donc à la fois le manque de contrôle, les impacts négatifs et la souffrance qui sont déterminants dans l’identification d’un trouble d’hypersexualité. L’addiction sexuelle peut revêtir plusieurs formes, parfois combinées : séduction compulsive, multiplication des rapports sexuels et/ou des partenaires, recours important au sexe tarifé, masturbations pluriquotidiennes, utilisation excessive de pornographie et/ou de cybersexe, de messageries spécialisées etc… On exclut du concept d’addiction sexuelle tous les comportements à caractère criminel impliquant une souffrance pour autrui que sont les paraphilies (pédophilie, sadisme, exhibitionnisme, viol, etc…).


Comment devient-on addict au sexe ?


Il n’y a pas de profil type de l’addict au sexe, mais certains facteurs peuvent favoriser l’émergence de l’hypersexualité, qu’ils soient psychologiques, environnementaux, génétiques, neurobiologiques (maladies dégénératives du cerveau) etc.. L’histoire de la personne est très importante dans l’émergence du trouble sexuel : éventuels abus sexuels dont elle a été victime durant l’enfance, troubles de l’attachement, expériences sexuelles précoces, insatisfactions et dysfonctions sexuelles dans le couple, événements traumatiques, troubles psychiques préexistants. La psychanalyse quant à elle situe les conflits psychiques de la personne dans les méandres des angoisses liées à l’abandon, de la possession ou des premières blessures érotico-amoureuses.


Dans ce cas, le sex-addict ne croit plus en l’amour, il en est déçu. Dans l’acte sexuel compulsif, il n’est plus une victime parce qu’il contrôle l’autre en le réduisant à l’état d’objet, interchangeable, jetable, voire inexistant, inanimé. Il se désensibilise des autres à travers l’acte sexuel. C’est l’expression d’une grande souffrance qui se joue à travers ce comportement addictif. D’où l’importance de la prévention vis-à-vis de l’hypersexualité, notamment au début de la vie (adolescence, jeunes adultes), car la méconnaissance des troubles peut engendrer le cycle de l’addiction.


L’assouvissement de cette addiction a été facilité ces dernières décennies par le coup de pouce des nouvelles technologies de l’information. En effet, internet met à disposition de manière continue un flot et une diversité de supports qui ont boosté la « consommation » sexuelle : sites internet, sexodromes, chaines porno, sites de rencontres sexuelles régionaux, tchats, etc… De plus, l’anonymat sur la toile permet aux internautes de franchir le pas de l’activité sexuelle à la demande plus facilement… et plus souvent.


Selon les sources et les pays (les études officielles sont en cours), il y aurait entre 2 à 13% de la population ayant des comportements sexuels compulsifs. A noter que les stéréotypes de l’homme addict sexuel et de la femme dépendante affective sont aujourd’hui largement dépassés : les femmes consultent de plus en plus des thérapeutes pour des problématiques d’hypersexualité. On ne sait si cette évolution est dû à l’égalité de genre ou à une volonté du e-X business de s’attaquer au marché féminin. Le fait est que les E-consommateurs en font toujours les frais…


En quoi l’addiction sexuelle pose t-elle problème ?


Les sex-addicts, comme les accros aux substances, sont victimes du processus d’accoutumance à la dopamine, l’hormone du plaisir délivrée par le cerveau. Ils doivent « consommer » toujours plus pour un minimum d’effet, l’intensité et le plaisir des premières fois n’étant jamais retrouvé… Au fil du temps, presque toutes les pensées et activités du dépendant sexuel sont orientées vers l’objet de son obsession : la nuit mais aussi le jour, car l’addiction n’a pas de temporalité. Sa vie personnelle, ses loisirs et obligations familiales, en sont impactés. Les relations de couple sont fatalement perturbées, avec en prime, dans le cas du sexe tarifé, des impacts financiers parfois désastreux pour toute la cellule familiale.


Mais on oublie souvent que les risques pour la personne se situent tout autant au niveau professionnel. Tout d’abord parce que l’addict sexuel a une double vie qu’il organise et qu’il dissimule, par honte et déni de sa situation. Il est souvent en proie à des besoins impérieux, c’est ce qu’on appelle le craving : une pulsion incontrôlable qui le poussera à satisfaire son désir immédiatement malgré les contraintes et les risques : par exemple s’absenter de son poste de travail pour consulter des sites/vidéos, tchatter avec des partenaires potentielles ou s’adonner à des masturbations ou actes sexuels dans les parkings ou les toilettes. Un autre risque est au niveau social car les relations professionnelles sont souvent contaminées par les comportements liés à l’hypersexualité. Le Dr Karila parle de « filtre sexuel » sur les échanges interpersonnels qui deviennent peu à peu érotisés, les conversations, les gestes étant réinterprétés par l’addict comme des réponses à ses désirs : l’addict développe alors une perception biaisée de son environnement et des autres. Cela peut induire des comportements inappropriés dans ses relations professionnelles avec, par exemple, un vocabulaire cru, des remarques ou plaisanteries embarrassantes, des approches séductrices intempestives. Il existe des risques inhérents potentiellement graves à cette dérive comportementale car la personne peut rapidement se retrouver accusée d’harcèlement sexuel, mise au placard, licenciée… La vie psychique de l’addict sexuel s’étiole entre planifications, falsifications, mensonges, peur incessante d’être découvert, ce qui provoque à la fois une surcharge mentale et un niveau de stress aigu. De nouveaux symptômes apparaissent : manque de concentration et de motivation, qualité et éthique du travail en déclin : la vie professionnelle est en danger.


Au final, l’addict vit une relation intense avec le sexe, mais les autres n’en font pas partie, ils n’en sont que les supports. Dans ce processus délétère, des émotions négatives émergent : frustration, irritabilité, colère contre soi ou contre les autres. L’identité de la personne addict au sexe est fortement impactée par le manque de contrôle sur la situation et ses effets, ce qui génère culpabilité et une forte baisse de l’estime de soi. L’épuisement pointe son nez, avec de grandes souffrances psychiques et physiques, et souvent, des épisodes anxieux et/ou dépressifs… Il est à noter deux autres risques associés à l’addiction sexuelle. La personne peut consommer des substances qui l’aident à se désinhiber ou à être plus forte comme l’alcool, le cannabis, le GBL, les poppers, la cocaïne ou le viagra, jusqu’à l’addiction à ces substances. Elle peut aussi contracter des maladies sexuellement transmissibles par la multiplication des partenaires. Tout ces éléments doivent alerter l’addict et son entourage sur les dangers inhérents à son addiction, vers une prise de conscience décisive afin qu’il puisse accepter sa situation de non-contrôle et demander une aide extérieure.


Que peut-on faire ?


Le docteur Patrick Carnes, précurseur en matière du concept d’addiction sexuelle, a établit un outil assez simple (PEACCE) afin de générer une première réflexion personnelle en cas de préoccupations vis à vis de comportements sexuels. Il s’agit de quelques questions à laquelle il faut répondre par OUI ou NON :


1. Trouvez-vous que vous êtes souvent préoccupé par des pensées sexuelles ?
2. Cachez-vous certains de vos comportements sexuels à votre entourage (conjoint, famille, amis…) ?
3. Avez-vous déjà recherché de l’aide pour un comportement sexuel que vous n’appréciez pas de faire ?
4. Est-ce que quelqu’un a déjà été heurté émotionnellement à cause de votre comportement sexuel ?
5. Vous sentez-vous contrôlé par votre désir sexuel ?
6. Vous sentez-vous triste après être passé à l’acte sexuellement (rapports sexuels, internet, autres) ?


Avec plus de 3 OUI, la personne peut en parler avec un médecin spécialisé (médecin sexologue, psychiatre spécialisé). Celui-ci entamera alors une série d’entretiens et de tests diagnostiques pour une évaluation plus précise de l’addiction. Si le diagnostic d’hypersexualité est confirmé par le spécialiste, pas d’inquiétudes en terme de vie sexuelle : l’objectif n’est pas d’imposer une abstinence puisque la sexualité fait partie des comportement naturels chez l’humain. Mais certaines actions conjointes aideront la personne à s’extraire des comportements qui la font souffrir afin de retrouver un équilibre satisfaisant. On rappellera ici que l’addiction est une maladie chronique, c’est-à-dire qu’il est courant que le rétablissement soit ponctué de rechutes, celles-ci ne remettant pas en cause le processus global de soin.


Les axes d’action en terme de soins sont de différents ordres et adaptés à chaque situation :


Les psychothérapies :


● Les thérapies comportementales et cognitives (TCC): diverses méthodes sont utilisées pour amener la personne à décortiquer les processus cognitifs et les situations qui amènent aux actes addictifs, y compris le craving. La personne apprend alors des stratégies alternatives à celle de l’addiction : les pensées automatiques et les comportements impulsifs sont « déprogrammés » ;


● La thérapie analytique : elle s’attachera à résoudre les conflits psychiques à l’origine du mécanisme de défense mis en place par l’hypersexualité ;


● La thérapie psychodynamique : elle permet l’analyse des antécédents familiaux, des traumatismes vécus par la personne et des représentations erronées sur la vie amoureuse ;


● La thérapie de couple, afin d’analyser une situation conjugale et des axes de remédiation ;


Les traitements médicamenteux, selon chaque situation, pour traiter les symptômes, ceux liés au sevrage ou en cas de troubles psychiques associés telles que la dépression ou l’anxiété ;


Des groupes de parole ou thérapies de groupe, comme les DASA (dépendants affectifs sexuels anonymes), en complément d’une psychothérapie et dans l’anonymat. La rencontre notamment avec d’autres patients qui témoignent de leurs parcours permet de rompre avec la culpabilité et l’isolement, de trouver de nouvelles solutions, de se projeter en terme de rétablissement ;


Le traitement conjoint des addictions associées telles que droguesalcool, etc…


L’hypersexualité n’est donc pas rose… les personnes qui en sont victimes en subissent les conséquences parfois dramatiques, aussi bien dans la sphère privée que professionnelle et le niveau de souffrance de la personne est intense, comme pour n’importe quelle autre addiction. Les internautes, et notamment les plus jeunes, sont les proies potentielles d’un véritable business, dépersonnalisant et addictif. Il n’est point question ici de liberté d’être et d’agir, de choix ou de consommation raisonnée ou de droits, à partir du moment ou on a perdu le contrôle de sa volonté et de sa pensée, ce qui peut arriver assez rapidement. La psychoéducation sur les risques de l’hypersexualité est donc indispensable en terme de prévention.


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