Anorexie, boulimie, hyperphagie… Derrière ces troubles bien connus du grand public se cache une réalité encore largement ignorée dans le monde professionnel. Pourtant, les troubles des comportements alimentaires (TCA) n’épargnent aucun secteur d’activité, aucune fonction, aucun statut. Et dans un environnement où la performance, le contrôle et l’image jouent un rôle central, ils peuvent même trouver un terrain particulièrement propice à leur développement ou à leur maintien. Pourquoi restent-ils si peu visibles dans la sphère professionnelle ? Quels sont leurs impacts concrets sur les salariés et les collectifs ? Et surtout, comment prévenir et accompagner les personnes concernées sans stigmatiser ?
Comprendre les TCA : formes, mécanismes et chiffres clés
Les troubles des conduites alimentaires désignent des perturbations persistantes dans les habitudes alimentaires, associées à une souffrance psychique et des répercussions sur la santé physique, mentale et sociale. Les trois formes les plus connues sont :
Ces troubles touchent environ 600 000 personnes en France, selon la Haute Autorité de Santé (HAS), mais ce chiffre est très probablement sous-estimé en raison de la honte, du secret et du manque de diagnostic. Une étude de Santé publique France estime que 10 % des femmes entre 15 et 35 ans sont concernées à un moment de leur vie. Et contrairement aux idées reçues, les hommes, les personnes âgées, et les adultes actifs ne sont pas épargnés.
TCA et performance professionnelle : des impacts sous-estimés
Dans l’environnement de travail, ces troubles peuvent avoir de lourdes conséquences, même s’ils passent inaperçus. Sur le plan individuel, ils affectent :
Ils peuvent aussi détériorer la dynamique collective : relations distendues, évitement des repas d’équipe ou séminaires, et un climat de travail fragilisé. Dans les cas les plus graves, ils entraînent parfois des arrêts maladie répétés, voire des ruptures de contrat.
Pourquoi les entreprises en parlent si peu ?
Plusieurs facteurs expliquent le silence autour de ces problématiques :
Ce tabou est d’autant plus nuisible qu’il isole les salarié·es concerné·es, qui redoublent d’efforts pour masquer leurs difficultés — au détriment de leur bien-être.
Repérer sans stigmatiser : rôle des RH, managers, collègues
Il ne s’agit pas de diagnostiquer, mais d’être attentif. Certains signes peuvent alerter :
Le rôle du management est essentiel : instaurer une culture de bienveillance et de confiance, où il est possible d’évoquer ses fragilités sans crainte. Les RH peuvent, en parallèle, proposer des entretiens de soutien, orienter vers la médecine du travail, ou faciliter un accompagnement spécialisé.
Prévenir et accompagner : bonnes pratiques en entreprise
Voici quelques pistes concrètes pour agir :
Certaines grandes entreprises intègrent déjà ces enjeux dans leurs politiques QVCT (Qualité de Vie et Conditions de Travail), mais ces initiatives restent encore isolées.
Vers une culture d’entreprise plus attentive à la santé mentale
Les troubles des conduites alimentaires au travail restent un angle mort des politiques de prévention. Pourtant, les employeurs ont tout à y gagner : un salarié soutenu est un salarié plus serein, plus engagé, et moins vulnérable aux ruptures de parcours.
En brisant le silence, en s’équipant pour mieux repérer et accompagner, les organisations participent à une culture du soin, respectueuse des singularités de chacun et de chacune.



