Si les effets du tabagisme sur les cancers, les maladies cardiovasculaires ou encore le développement fœtal sont aujourd’hui largement documentés, ses conséquences sur le cerveau et le système nerveux restent souvent moins connues du grand public.
Comment le tabac agit-il sur le cerveau et le système nerveux ? Quels troubles peuvent être associés à la dépendance tabagique ? Quels sont concrètement les risques encourus ?
Comment le tabac et la nicotine agissent-ils sur les systèmes nerveux central et périphérique ?
Les effets délétères de la cigarette sont liés à plusieurs substances : la nicotine, principalement responsable de la dépendance, et les composants toxiques du tabac, en particulier ceux présents dans la fumée.
Lorsqu’une personne consomme du tabac, la nicotine passe dans le sang puis atteint rapidement le cerveau. Elle se fixe alors sur les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, qu’elle active. Cette action entraîne à son tour une modification de la libération de plusieurs neurotransmetteurs, comme la dopamine, le glutamate, la noradrénaline ou encore la sérotonine.
Le fonctionnement du système nerveux est ainsi modifié, avec à court terme des effets sur l’humeur, l’attention, la concentration ou encore la réponse au stress. L’activation des circuits cérébraux de la récompense, et notamment la libération de dopamine qui joue un rôle central dans le développement et le maintien de la dépendance à la nicotine.
À plus long terme, le cerveau s’adapte à cette consommation régulière : le nombre et la sensibilité des récepteurs changent, rendant le système nerveux dépendant d’un apport régulier de nicotine pour fonctionner « normalement », ce qui explique notamment l’apparition de symptômes de sevrage lorsque l’apport en nicotine cesse.
Au niveau du système nerveux autonome, qui fait partie du système nerveux périphérique, la nicotine stimule notamment le système sympathique. Elle peut ainsi accélérer le rythme cardiaque, augmenter la pression artérielle et modifier certaines réponses physiologiques au stress.
Quant à la fumée inhalée, elle contient de nombreuses substances toxiques, parmi lesquelles le monoxyde de carbone. Celui-ci diminue la capacité du sang à transporter l’oxygène. D’autres constituants de la fumée peuvent favoriser des phénomènes de stress oxydatif, d’inflammation et d’atteinte vasculaire, susceptibles de contribuer à long terme aux effets du tabagisme sur le cerveau et le système nerveux.
Tabac et troubles cognitifs : les premiers effets de la cigarette sur le cerveau
Avant de parler des troubles neurologiques plus sévères, il faut savoir que le tabagisme peut déjà avoir des effets sur les capacités cognitives.
Ces effets sont liés à la fois à l’exposition régulière au tabac et au phénomène de dépendance à la nicotine. En période de manque, une personne dépendante peut notamment éprouver davantage de difficultés à se concentrer, à rester attentif ou à réguler son humeur et ses émotions. Ces symptômes font partie des manifestations possibles du sevrage nicotinique.
À plus long terme, le tabagisme régulier est également associé à une moins bonne performance de certaines fonctions cognitives. Il peut notamment concerner :
Les risques de troubles et maladies neurologiques causés par le tabac
De nombreux troubles neurologiques peuvent être causés ou aggravés par la consommation de cigarettes. Si la liste suivante ne se veut pas exhaustive, elle présente les principales atteintes neurologiques dont le tabac peut être responsable.
L’accident vasculaire cérébral (AVC)
L’AVC se produit lorsque les artères sont bouchées par un caillot sanguin ou lorsqu’une artère se rompt et entraîne un saignement dans le cerveau, ce qui peut être dû à une hypertension artérielle.
Le tabagisme favorise plusieurs mécanismes impliqués dans l’AVC : il endommage les vaisseaux sanguins, augmente la pression artérielle et favorise la formation de caillots.
Les fumeurs présentent ainsi un risque d’AVC 2 à 4 fois plus élevé que les non-fumeurs. Ce risque diminue progressivement après l’arrêt du tabac et peut se rapprocher, après plusieurs années, de celui d’une personne qui ne fume pas.
La maladie d’Alzheimer et autres formes de démence
Le tabagisme est également reconnu comme un facteur de risque de démence. Les études montrent notamment que les fumeurs actuels présentent un risque plus élevé de développer une démence ou une maladie d’Alzheimer que les personnes qui n’ont jamais fumé.
Cette association peut notamment s’expliquer par les effets du tabac sur les vaisseaux sanguins et, plus largement, sur la santé cérébrale.
La sclérose en plaques (SEP)
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune qui touche le système nerveux central, c’est-à-dire le cerveau et la moelle épinière. Elle peut provoquer des symptômes très variés : troubles de la vision, de la motricité ou de la sensibilité, fatigue, troubles cognitifs, etc.
Selon une étude menée en 2018 et reprise par le site Sep Ensemble, les fumeurs ont environ 1,5 fois plus de risque de développer une SEP que les non-fumeurs. La maladie a par ailleurs tendance à progresser plus rapidement chez les fumeurs et à provoquer des symptômes plus graves.
Les neuropathies périphériques
Une neuropathie périphérique correspond à une atteinte des nerfs situés en dehors du cerveau et de la moelle épinière. Elle peut notamment entraîner des douleurs, des fourmillements, une perte de sensibilité ou une faiblesse musculaire.
Les principaux facteurs de risque de neuropathie périphérique identifiés sont le diabète, l’alcool et certains médicaments … La toxicité de la fumée et certains des composants du tabac peuvent agir directement sur l’irrigation des nerfs du système périphérique et provoquer une neuropathie peuvent augmenter le risque de développer une neuropathie périphérique.
Tabac et santé mentale
Les personnes souffrant de troubles anxieux, dépressifs ou d’autres troubles psychiatriques fument plus fréquemment que la population générale. La dépendance à la nicotine peut avoir des effets directs sur l’humeur. Le manque peut notamment provoquer irritabilité, anxiété, difficultés de concentration ou baisse de l’humeur.
Contrairement à une idée répandue, fumer ne constitue pas un moyen durable de réduire le stress ou l’anxiété. Les études montrent au contraire que l’arrêt du tabac est généralement associé, après la période de sevrage, à une amélioration de l’anxiété et des symptômes dépressifs.
Les effets du tabac ne se limitent donc pas aux poumons ou au système cardiovasculaire. La nicotine agit directement sur le cerveau et la dépendance qu’elle entraîne peut affecter certaines fonctions cognitives, tandis que le tabagisme est associé à un risque accru de plusieurs pathologies neurologiques.



