De nombreuses études ont été menées pour mieux comprendre les facteurs qui favorisent le développement d’une dépendance à l’alcool. Aujourd’hui, on estime ainsi que les facteurs génétiques expliquent environ 50 % de la vulnérabilité à développer un trouble de l’usage de l’alcool.
Cependant, on ne peut pas résumer l’alcoolodépendance à une maladie héréditaire : tous les enfants de parents dépendants ne développent pas eux-mêmes une dépendance. La génétique interagit en effet avec de nombreux facteurs environnementaux, psychologiques et sociaux.
Voyons de plus près comment la génétique peut influer sur le risque de développer une alcoolodépendance.
Les principales études sur l’aspect héréditaire de la dépendance alcoolique
Dans son article An overview of genetic influences in alcoholism, publié en 2009, Marc A. Schuckit reprend l’un des chiffres souvent cités dans la littérature : l’héritabilité de la dépendance à l’alcool serait d’environ 50 %.
Les études menées sur des jumeaux et des personnes adoptées ont également mis en évidence une composante génétique dans la vulnérabilité à l’alcoolodépendance. Les travaux plus récents vont dans le même sens et montrent que cette vulnérabilité repose sur de nombreux variants génétiques, ayant chacun un effet généralement faible.
Ce chiffre doit toutefois être interprété avec prudence : il ne signifie pas que la moitié du risque d’une personne est déterminée par ses gènes. Le développement d’un trouble de l’usage de l’alcool dépend d’une interaction complexe entre prédispositions individuelles et nombreux facteurs environnementaux, psychologiques et sociaux, comme les habitudes de consommation, le stress, les traumatismes, la santé mentale ou encore l’environnement familial et social.
En bref : la génétique peut contribuer à une vulnérabilité à l’alcoolodépendance, mais elle ne détermine pas à elle seule l’apparition du trouble. Celui-ci est multifactoriel et résulte de l’interaction de nombreux facteurs de risque et de protection.
Comment la génétique explique-t-elle le risque de devenir alcoolodépendant ?
Il n’existe pas un gène spécifique de la dépendance à l’alcool. C’est la combinaison de nombreux variants génétiques, généralement avec des effets individuels faibles, qui peut modifier la vulnérabilité d’une personne.
Ces variations peuvent notamment influencer la manière dont le cerveau réagit à l’alcool, certains comportements ou encore la façon dont l’organisme métabolise cette substance.
Les gènes associés au plaisir et au circuit de la récompense
L’addiction est notamment liée au circuit de la récompense et à l’action de plusieurs neurotransmetteurs, dont la dopamine.
De nombreux gènes participant au fonctionnement de ces systèmes ont donc été étudiés pour déterminer s’ils pouvaient influencer le risque de dépendance. Des travaux ont par exemple porté sur des gènes associés aux systèmes dopaminergique, GABAergique ou glutamatergique.
Les connaissances scientifiques ont toutefois évolué : plutôt que quelques « gènes de l’addiction » ayant un rôle majeur, les études génétiques actuelles montrent surtout que de très nombreux variants, ayant chacun un effet généralement faible, participent à la vulnérabilité globale.
Des gènes « protecteurs » liés au métabolisme de l’alcool ?
Certains facteurs génétiques peuvent au contraire être associés à un risque plus faible de développer une dépendance. C’est notamment le cas de variants de gènes impliqués dans le métabolisme de l’alcool, comme ADH1B, ADH1C et ALDH2.
Ces gènes participent à la production d’enzymes permettant de transformer l’éthanol puis l’acétaldéhyde dans l’organisme.
Certains variants modifient la vitesse de ces réactions et peuvent entraîner une accumulation temporaire d’acétaldéhyde. La consommation d’alcool peut alors provoquer des effets désagréables plus marqués, comme des rougeurs du visage, des nausées ou un malaise. Cela peut limiter la consommation et donc réduire le risque de développer une dépendance.
Et l’épigénétique ?
L’épigénétique correspond à des modifications qui influencent l’expression des gènes sans modifier la séquence de l’ADN. La consommation d’alcool, le stress ou d’autres facteurs environnementaux peuvent être associés à ce type de changements.
Ils pourraient participer à la manière dont l’environnement et la génétique interagissent dans le développement d’une dépendance. En revanche, la transmission de ces modifications épigénétiques d’une génération à l’autre chez l’être humain reste encore incertaine.
En bref : les gènes peuvent influencer la façon dont l’organisme et le cerveau réagissent à l’alcool. Certains augmentent la vulnérabilité, tandis que d’autres peuvent avoir un effet protecteur. Mais aucun ne suffit, à lui seul, à déterminer si une personne deviendra ou non dépendante.
Troubles psychiques et alcoolodépendance : des vulnérabilités parfois communes
Les études montrent qu’une part importante des personnes souffrant d’un trouble de l’usage de l’alcool présentent également un trouble psychique.
Les troubles anxieux, la dépression, le trouble bipolaire, les troubles liés au stress post-traumatique ou encore certains troubles psychotiques peuvent notamment être associés à une consommation problématique d’alcool.
La relation fonctionne d’ailleurs dans les deux sens : certains troubles psychiques peuvent augmenter la vulnérabilité à une consommation problématique d’alcool, tandis qu’une consommation importante ou une dépendance peut également déclencher ou aggraver certains symptômes psychiques.
Or, de nombreux troubles psychiatriques possèdent eux-mêmes une composante génétique. Il peut donc exister des vulnérabilités génétiques communes ou partagées entre certains troubles psychiques et les conduites addictives.
Cela ne signifie pas qu’un trouble psychique ou une alcoolodépendance se transmet automatiquement d’une génération à l’autre. Les facteurs génétiques interagissent toujours avec l’environnement, les expériences de vie et de nombreux autres facteurs individuels.
L’exposition prénatale à l’alcool et ses conséquences sur le risque d’addiction
La consommation d’alcool pendant la grossesse peut perturber le développement du cerveau du fœtus et entraîner des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (TCAF), dont le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) constitue l’une des formes les plus sévères.
Certaines études suggèrent qu’une exposition prénatale à l’alcool pourrait être associée à un risque plus élevé de consommation problématique d’alcool ultérieurement.
Plusieurs mécanismes pourraient intervenir, notamment les conséquences de l’exposition prénatale sur le développement cérébral, l’impulsivité ou la régulation des comportements. Les recherches disponibles ne permettent toutefois pas d’affirmer que cette exposition provoque directement une future alcoolodépendance.
Elle peut plutôt constituer un facteur de vulnérabilité supplémentaire, qui interagit avec les facteurs familiaux, sociaux, psychologiques et génétiques.
Les autres facteurs internes et externes de l’alcoolodépendance
Si une vulnérabilité à l’alcoolodépendance peut se retrouver au sein d’une même famille, cette transmission n’est jamais systématique. À l’inverse, une personne sans antécédent familial peut tout à fait développer une dépendance.
Cela s’explique par la multiplicité des facteurs qui peuvent augmenter le risque :
Rappelons enfin qu’aucun facteur isolé ne suffit à expliquer l’apparition d’une dépendance. Celle-ci résulte de l’interaction entre une vulnérabilité individuelle, les habitudes de consommation et différents facteurs génétiques, psychologiques, sociaux et environnementaux.
Deux personnes exposées à des situations similaires peuvent donc développer un rapport très différent à l’alcool. De la même manière, avoir un parent alcoolodépendant augmente la vulnérabilité, mais ne signifie en aucun cas que la dépendance est inévitable.






