Qu’il s’agisse d’alcool, de tabac, de médicaments ou encore de cyberdépendance, la maladie de l’addiction touche des centaines de milliers de personnes en France, d’après le Recueil Commun sur les Addictions et les Prises en charge et les rapports d’activité des CSAPA et des CAARUD (OFDT). Les impacts de cette dépendance dans la vie privée sont facilement imaginables, cependant les conséquences dans le domaine du travail sont moins évidentes à identifier. Dans cet article nous examinerons les différents retentissements de la dépendance sur la qualité de vie des salarié(e)s, eux-mêmes, mais également sur le collectif de travail et nous présenterons les façons de les prévenir.

Un(e) salarié(e) qui souffre d’une addiction ne sera pas en totale possession de ses moyens, que ce soit d’un point de vue de sa santé physique ou psychologique.

Les conséquences pour le salarié atteint d’addiction

  • Problèmes de santé physique ou mentale : La conduite addictive peut entrainer, entre autres, un état de fatigue, conséquence directe d’une emprise d’un médicament anxiolytique, par exemple, ou encore la conséquence indirecte, citons comme exemple une nuit passée devant un écran à jouer à un jeu vidéo. L’anxiété et la dépression étant des troubles souvent présents avec les addictions (on parle alors de comorbidités psychiatriques) vont finir par entraver l’épanouissement du salarié dans son travail.

  • Relations professionnelles : Le salarié addict peut éprouver des difficultés pour communiquer avec ses collègues, ce qui peut engendrer des malentendus et/ou des conflits dans les équipes. Des comportements parfois perçus comme imprévisibles — tels que des absences non justifiées, des retards répétés ou des variations d’humeur — peuvent perturber le fonctionnement collectif. Ces situations peuvent fragiliser la confiance entre collègues ou avec la hiérarchie, notamment si la personne concernée adopte des conduites d’évitement ou de dissimulation. À terme, cela peut altérer la perception professionnelle de la personne au sein de l’organisation.

  • Diminution de la performance professionnelle : en conséquence directe des deux points que nous venons d’évoquer plus haut, un(e) salarié(e) qui souffre d’une addiction verra sa productivité impactée et commettra davantage d’oublis ou d’erreurs sur le long terme.

Les conséquences sur l’entourage de travail

  • Impact sur l’organisation de l’équipe : Lorsque qu’un salarié souffre d’addiction, ses collègues peuvent être amenés à prendre en charge certaines de ses responsabilités, notamment en cas d’absences répétées ou de baisse de performance. Si cette solidarité peut exister ponctuellement, elle n’est pas toujours tenable dans la durée et peut engendrer une surcharge de travail ou un déséquilibre au sein du collectif de travail. Cela peut affecter la cohésion de l’équipe et générer un climat de tension ou de frustration.

  • Sentiment de sécurité au travail : Dans le contexte professionnel, la consommation de substances psychoactives peut représenter un risque accru pour la sécurité, notamment lorsque le salarié occupe un poste impliquant la conduite de véhicules, la manipulation d’engins spécifiques, de produits dangereux ou le port d’armes. Ces situations peuvent conduire à une atmosphère de travail tendue et stressante pour les collègues et les encadrants, et renforcer un climat de méfiance.

Le rôle de l’entreprise

L’entreprise peut jouer un rôle clé dans l’accompagnement de l’addiction d’un(e) ou de plusieurs salarié(e)s.

Il est important que l’entreprise et l’entourage de travail puissent reconnaitre les signes de l’addiction. Attention : les signes d’une addiction peuvent être en réalité les conséquences d’une situation tout autre, dépression, autres problèmes de santé, problèmes personnels, etc. Quoiqu’il en soit, lorsque les signes apparaissent il faut agir, car l’inaction va conforter le salarié dans l’idée que son addiction ne se voit pas, donc qu’elle ne pose pas de problème et indirectement l’encourager à la maintenir. Factualiser les dysfonctionnements sur le poste de travail pourra permettre d’aider le/la salarié(e) à sortir d’un état de déni, et facilitera la prise en charge de la maladie d’addiction.

Qu’est-ce que l’employeur peut mettre en place pour prendre en compte les risques liés aux conduites addictives ?

La prévention des pratiques addictives s’inscrit désormais, dans de nombreuses entreprises, comme un volet à part entière de leur politique de santé-sécurité au travail. Selon l’étude Impact des pratiques addictives au travail : le regard des salariés français (GAE Conseil, 2019), 75 % des salariés estiment qu’une telle initiative est utile et efficace lorsqu’elle est menée de manière cohérente et structurée.

La mise en œuvre d’une politique de prévention passe par différentes phases, dont les étapes clés suivantes :

  • 1

    Evaluer les facteurs de risque des conduites addictives : Le but de cette première étape est d’identifier clairement les conditions d’apparition des phénomènes de consommation de psychoactifs de vos salariés, prestataires, etc.

  • 2

    Construire une politique de gestion des pratiques addictives : Lors de cette seconde étape il s’agit d’élaborer une politique de prévention et son suivi, en lien avec les obligations légales et règlementaires, l’expérience de votre entreprise et ses ambitions de santé-sécurité.

  • 3

    Communication interne sur ses engagements : Une communication claire sur les objectifs de la démarche permet d’impliquer salariés, encadrants et représentants du personnel dans une dynamique de vigilance et responsabilité partagée.

  • 4

    Sensibiliser les salariés aux risques des conduites addictives : Des actions de sensibilisation — sous forme d’ateliers ludiques ou de conférences — permettent de mieux comprendre les mécanismes des addictions, leurs impacts sur le travail, et les moyens d’agir tout en libérant la parole autour d’un sujet tabou. Cette approche favorise une approche déculpabilisante et participative, et s’adapte au contexte interne de chaque entreprise : journée/semaine sécurité, de QVCT…

  • 5

    Former la ligne managériale : Il est essentiel que les managers acquièrent ou renforcent leurs compétences de gestion des situations dans lesquelles des salariés connaissent des difficultés sur le long terme avec une addiction, ou encore dans lesquelles un collaborateur démontre un comportement remettant en cause sa sécurité et celles des autres. Former les encadrants à identifier les signaux faibles, savoir réagir et aborder le sujet, connaître les ressources d’aide internes et externes à l’entreprise tout en respectant le cadre légal et réglementaire, sont des leviers clé de la prévention.

  • 6

    Déployer un programme d’accompagnement des salariés en difficulté : Il est possible de mettre en place un soutien aux salariés souffrant d’addictions. Sous la forme d’un Programme d’Aide aux Employés (P.A.E), GAE Conseil peut accompagner les salariés en difficulté afin de leur permettre de se maintenir dans l’emploi.