Les conduites addictives (qui concernent les substances psychoactives et certains comportements comme le sport, le travail, ou encore les jeux de hasard et d’argent) ne se limitent pas à la sphère privée. Elles peuvent être importées en milieu de travail (avec des conséquences débordant dans la sphère professionnelle), acquises dans le milieu de travail (selon des habitudes de consommation dans certains domaines d’activité), ou représenter des stratégies d’adaptation (pour supporter des douleurs physiques induites par des gestes répétitifs ou des contraintes posturales, ou pour apaiser le stress provoqué par une charge de travail importante).

Les conduites addictives constituent un risque transversal en milieu de travail, en ce qu’elles peuvent aggraver tous les risques professionnels, et représenter une menace pour la sécurité du salarié lui-même et/ou de ses collègues, de clients, de tiers, et pour les biens de l’entreprise. Tout employeur devant tout mettre en œuvre pour répondre à son obligation de sécurité de résultat vis-à-vis de ses salariés (au regard de l’article L.4121-1 du Code du Travail), comment peut-il prévenir les conduites addictives au sein de son entreprise ? Différents points clés sont à considérer, avec un prérequis essentiel : l’investissement entier de la direction dans la démarche.

comment accompagner un salarié addict

1. Préparation de la démarche

Pour qu’un projet de prévention des conduites addictives en entreprise puisse prendre corps, une démarche participative permet de réaliser un état des lieux plus objectif, et de s’engager dans les étapes avec davantage d’adhésion.

A. État des lieux

Un état des lieux sur le sujet des conduites addictives permet de s’appuyer sur des constats :

  • Y a-t-il eu dans l’année écoulée des salariés en état inadapté au poste de travail (état ébrieux pouvant faire suspecter une prise de substances psychoactives mais pouvant aussi être lié à une tout autre cause) ?

  • Existe-t-il un protocole de prise en charge d’un état inadapté au poste de travail dans l’entreprise ?

  • Le risque lié aux conduites addictives est-il intégré dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ?

  • Y a-t-il eu des alertes posées par un salarié et/ou par le CSE quant au comportement inquiétant d’un collègue ?

  • Quel est le climat social au sein de l’entreprise ?

Il s’agit également d’observer les pratiques de consommation ayant cours dans l’entreprise :

  • Si un restaurant d’entreprise existe, de l’alcool y est-il proposé (en respect de l’article R.4228-20 du Code du travail) ?

  • A quelle fréquence ont lieu des pots et/ou des repas d’affaires alcoolisés ?

  • Y a-t-il des constats de consommations de produits interdits dans l’entreprise (tabac dans les lieux fermés ou dangereux, cannabis, alcools autres que ceux autorisés par l’article référencé ci-dessus…) ?

Des indicateurs sont également à relever, comme l’absentéisme non justifié médicalement (notamment le lundi matin), les retards répétés, le nombre et la durée de temps de pause, la dégradation de la qualité du travail et/ou de la productivité, la qualité des relations sociales

Pour cette préparation de la démarche, GAE Conseil peut vous apporter son expertise dans l’établissement de diagnostics voire d’état des lieux complet notamment grâce à l’outil qu’il a développé : GAE Lab’®.

B. Évaluation des risques professionnels et déterminants professionnels

Il s’agit ensuite de s’appuyer sur l’état des lieux des risques professionnels de l’entreprise, à l’aide du DUERP. Ainsi, l’entreprise établit la liste des postes à risques (comme la conduite d’engins de manutention et de levage, l’utilisation de machines ou de produits chimiques dangereux, le travail en hauteur, la manutention manuelle de charges supérieures à 55 kg…) pour lesquels elle peut décider de la mise en place de dépistages de substances psychoactives (alcool et stupéfiants).

Par ailleurs, il existe six classes de déterminants professionnels pouvant induire ou aggraver les conduites addictives en milieu professionnel (Lutz, 2012) qu’il est primordial de prendre en compte : les pratiques culturelles socialisantes (habitudes conviviales, fréquence des « pots »…), la disponibilité et l’offre des produits liées au milieu professionnel (métiers de production et de vente de substances psychoactives, métiers de la santé…), la précarité professionnelle (statut, rémunération, évolution professionnelle…), les tensions psychiques (ennui, perte de sens, manque de reconnaissance…), la pauvreté des relations sociales (délitement du collectif, manque de soutien et d’écoute…), les tensions physiques (bruit, activité répétitive, intensité des gestes…).

2. Communication

Dès que l’entreprise envisage de s’engager dans un projet de prévention des conduites addictives, et tout au long de l’opérationnalisation du projet, une communication auprès de l’ensemble des salariés doit se déployer afin de les en informer.

Que ce soit par le biais de réunions, de notes de services, de notifications des révisions du règlement intérieur (si par exemple se mettent en place des dépistages de substances psychoactives), d’un livret d’accueil dans lequel sont intégrés les risques liés aux conduites addictives, à l’occasion de briefs sécurité quotidiens, d’une journée ou semaine sécurité, d’une journée ou semaine QVT, toutes les modalités de communication pour faire connaître, déployer et faire vivre ce risque transversal (écrite, vidéo, formation et sensibilisation) sont à mettre en œuvre, en complémentarité.

3. Formation et sensibilisation

La formation à la prévention des conduites addictives en milieu professionnel débute par celle de la direction et des représentants du personnel à la méthodologie du déploiement d’une telle politique de prévention.

Les formations à tous les niveaux de l’entreprise (direction, représentants du personnel, personnels d’encadrement et non cadres) devront être l’occasion :

  • d’interroger les représentations de chacun concernant la dépendance ;

  • de s’approprier une connaissance commune des conduites addictives ;

  • de poser les bases réglementaires encadrant les consommations de substances psychoactives dans la vie civile et en milieu professionnel ;

  • d’identifier les signes d’alerte d’un comportement inadapté au poste de travail et les signes d’une situation chronique, et de savoir agir face à ces signes ;

  • pour la direction et l’encadrement, d’améliorer l’accompagnement des salariés identifiés comme souffrant d’une conduite addictive ;

  • de connaître les ressources d’aide pour l’entreprise comme pour les salariés (services de prévention et de santé au travail, aides à distance comme Alcool-info-service, Drogues-info-service, le cabinet GAE Conseil).

Quant aux sensibilisations, elles peuvent représenter l’occasion de prévenir les conduites addictives de manière innovante et ludique, comme sous la forme de jeux géants, d’escape game, ou encore de conférence théâtralisée que GAE Conseil a développés et peut adapter à votre entreprise.

4. Pluridisciplinarité

Toute entreprise dispose de différents partenaires internes et externes, selon sa taille et son organisation, qui ont chacun un rôle complémentaire dans la prise en charge globale des situations de conduites addictives identifiées :

  • le CSE : qui peut jouer un rôle clé dans l’opérationnalisation de la démarche de prévention des conduites addictives (en réalisant des actions telles que des sensibilisations, des relais vers des ressources comme les groupes d’entraide), qui peut contribuer au maintien en emploi, et faire valoir le droit d’alerte ;

  • le service de prévention et de santé au travail interentreprises ou autonome : constitué de médecin du travail, infirmier en santé au travail, conseiller en prévention, psychologue du travail, ergonome, il peut être sollicité pour des visites à la demande de l’employeur en cas de comportement inadapté au poste de travail, pour un accompagnement à l’établissement de diagnostics collectifs… ;

  • le service des ressources humaines : dans le cadre de la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences, pour accompagner la situation d’incompatibilité temporaire au poste de travail prononcée par le médecin du travail en aidant au reclassement temporaire du salarié ; pour appliquer, en concertation avec la direction, le CSE et l’encadrement, les sanctions disciplinaires adaptées et graduées ;

  • le service social : de l’entreprise ou du service de prévention et de santé au travail, pour repérer, prévenir et orienter vers les structures adaptées selon le parcours et la situation du salarié aux prises avec une conduite addictive.

5. Responsabilisation et vigilance partagée

L’objectif de ce type de démarche de prévention, outre pour l’employeur de remplir son obligation légale, est d’amener chacun dans l’entreprise à se responsabiliser, en prenant conscience de l’effet possible de certaines habitudes de vie sur les risques professionnels, et en devenant acteur de sa santé et de sa sécurité.

Si ce changement de regard et d’attitude s’opère pour chaque salarié, dans une culture de prévention au sens large, l’idée d’une vigilance partagée peut émerger, en étant attentif aussi bien à l’état physique que psychologique de ses collègues, en dépassant la vision de délation qui entraîne trop souvent la dissimulation de symptômes finalement connus de bon nombre des parties prenantes, et en se sentant légitime de donner l’alerte nécessaire.

En conclusion, prévenir les conduites addictives en entreprise requiert une méthodologie, différents formats de communication, des formations et sensibilisations adaptées aux publics concernés, des partenariats, de la pluridisciplinarité, pour que puisse se déployer une responsabilisation de chacun et une vigilance partagée par tous. GAE Conseil peut accompagner toutes entreprises privées et publiques, collectivités, de tous secteurs d’activité et de toutes tailles, à la mise en œuvre de leur politique de prévention des conduites addictives.