L’apprentissage est devenu une voie d’accès majeure vers l’emploi. De plus en plus de jeunes s’orientent vers ce mode de formation, qui combine enseignement théorique en centre de formation (CFA) et expérience pratique en entreprise. Cet équilibre entre école et travail peut sembler idéal. Pourtant, il expose à des risques spécifiques, souvent sous-estimés.

Les apprentis sont à la fois jeunes, donc vulnérables à l’expérimentation et à l’influence des pairs, et déjà salariés, insérés dans des environnements professionnels où certaines pratiques sont normalisées. Ce « combo » les rend particulièrement exposés aux conduites addictives, qu’il s’agisse de l’alcool, du tabac, du cannabis ou encore d’addictions comportementales.

Dans certains secteurs, ces comportements sont parfois intégrés dans la culture du métier. Comprendre ce phénomène est essentiel pour mieux prévenir et protéger ce public à risque.

Apprentis : un public doublement vulnérable

Les apprentis ont entre 16 et 25 ans. C’est une période de vie où la construction identitaire est encore en cours, où les expériences sociales jouent un rôle majeur. Selon le rapport du ministère du Travail (2023), ces jeunes cumulent plusieurs fragilités : maturité psychologique en développement, expérience limitée face aux risques, équilibre parfois fragile entre études et emploi.

Les chiffres sont parlants. L’OFDT souligne que les apprentis consomment davantage que leurs homologues scolarisés dans le système classique. Ils sont trois fois plus nombreux à consommer régulièrement de l’alcool et affichent des taux plus élevés de tabagisme et d’usage du cannabis. Autrement dit, l’apprentissage est une période où la consommation devient plus visible et parfois plus risquée.

À cette fragilité s’ajoute une double pression : réussir à l’école (examens, cours au CFA) et satisfaire aux exigences du monde du travail (horaires, hiérarchie, performance). Cette tension peut renforcer le recours à des substances perçues comme des « soupapes ».

L’influence des pairs, un moteur puissant

Dans ce contexte, l’influence des pairs joue un rôle déterminant. Lorsqu’ils arrivent en entreprise, les apprentis cherchent à trouver leur place. Ils veulent être acceptés par leurs collègues, montrer qu’ils « font partie du groupe ».

Or, la consommation d’alcool ou de tabac peut devenir un rite d’intégration. Refuser un verre lors d’un pot ou d’une pause est parfois perçu comme un signe de distance. À l’inverse, partager ces moments donne le sentiment d’appartenir au collectif, qui en retour peut valoriser et encourager ces pratiques.

Cette pression sociale est souvent invisible, mais elle est puissante. Elle peut être directe – quand on propose ou incite à consommer – ou indirecte – quand on observe que « tout le monde le fait ». Le jeune, encore en quête d’identité, est plus susceptible de se conformer et l’effet de groupe devient un amplificateur des conduites addictives.

Quand la culture de secteur normalise les conduites

À cette influence interpersonnelle s’ajoute une normalisation propre à certains métiers. Chaque secteur professionnel possède ses habitudes, ses rites, ses « codes ». Dans certains cas, ces codes incluent des pratiques addictives.

Dans l’hôtellerie-restauration, la convivialité passe souvent par l’alcool. Les pots, les afterworks, la consommation lors des repas d’équipe sont monnaie courante. La MILDECA et l’UMIH rappellent que ce secteur doit être particulièrement vigilant, car les risques sont connus et les jeunes apprentis y sont nombreux.

Dans le BTP et les métiers manuels, la consommation de tabac ou de cannabis est parfois banalisée. Elle est vue comme un moyen de supporter des conditions physiques difficiles, d’affronter la fatigue ou de gérer l’ennui sur certains chantiers. L’alcool peut aussi être présent lors de déjeuners ou de fins de journée.

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Dans la logistique ou le transport, ce sont plutôt les stimulants qui dominent : caféine en grande quantité, boissons énergisantes, voire médicaments pour tenir les horaires décalés ou la fatigue accumulée. Mais on observe aussi des consommations destinées à soulager les douleurs physiques liées à la manutention ou aux longues heures de conduite, comme l’usage d’antalgiques, d’alcool ou de cannabis en fin de journée.

Dans les métiers de bouche, la tradition de convivialité est ancrée. Le verre partagé à la pause ou en fin de service est parfois perçu comme un passage obligé.

Dans tous les cas, lorsque la consommation s’inscrit dans la culture professionnelle, il est particulièrement difficile pour un apprenti, qui débute et souhaite s’intégrer, de s’y soustraire.

Conséquences pour les jeunes et pour l’entreprise

Ces conduites addictives ne sont pas sans conséquence. Pour les jeunes, elles augmentent le risque d’accidents du travail. Selon Santé Addictions, 20 à 30 % des accidents seraient liés à la consommation de substances, dont 10 à 20 % à l’alcool seul. Chez des travailleurs jeunes et inexpérimentés, le danger est encore plus grand.

Elles peuvent également mener à un décrochage scolaire. Un apprenti en difficulté d’attention ou de santé à cause de ses consommations peut peiner à suivre ses cours ou à réussir ses examens.

Ces consommations répétées, si elles ne sont pas repérées et accompagnées, peuvent à plus long terme installer le jeune dans une véritable addiction, avec des répercussions durables sur sa santé, son parcours professionnel et sa vie personnelle.

Du côté de l’entreprise, la consommation engendre absentéisme, erreurs, accidents, baisse de productivité. Elle détériore aussi le climat social, car elle peut générer tensions et stigmatisation. Enfin, l’entreprise a une obligation légale de sécurité : ne pas agir face à ces risques peut engager sa responsabilité.

Des pistes de prévention adaptées aux apprentis

Pour limiter ces risques, plusieurs actions concrètes peuvent être mises en place.

Les tuteurs et maîtres d’apprentissage occupent une place centrale. Formés, ils peuvent repérer les signaux faibles, instaurer un climat de confiance et orienter les jeunes vers des structures adaptées. Addict’Aide rappelle qu’une bonne prévention passe d’abord par l’écoute active et non par le jugement.

Les CFA et les entreprises doivent travailler main dans la main. Organiser des ateliers de prévention, des débats entre pairs, ou inviter des témoins à partager leur expérience sont des moyens efficaces. Dans le BTP, certains modules de prévention testés dans les CFA ont montré leur efficacité pour réduire l’usage de l’alcool et du cannabis.

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GAE Conseil accompagne les entreprises avec une offre complète. Les managers et tuteurs peuvent bénéficier de formations pratiques pour mieux comprendre les conduites addictives, repérer les signaux d’alerte et adopter une posture adaptée face à un apprenti en difficulté. Cette montée en compétences favorise un accompagnement bienveillant et préventif.

En parallèle, GAE Conseil intervient directement auprès des apprentis dans les CFA. Les ateliers proposés privilégient des formats interactifs et ludiques qui parlent à ce public : Addicto Quizz pour tester ses connaissances, Addicto Pixel pour aborder les addictions spécifiques aux cyberdépendances, ou encore des Escape Games pédagogiques pour sensibiliser tout en favorisant l’esprit d’équipe. Ces outils permettent de dédramatiser le sujet et d’ouvrir un dialogue constructif entre pairs.

Enfin, il est crucial d’adapter les moments de convivialité. Proposer systématiquement des alternatives sans alcool ou organiser des activités sportives ou culturelles peut changer la donne.

Conclusion

Les apprentis sont au croisement de deux vulnérabilités : celle de la jeunesse, avec ses expérimentations, et celle d’un environnement professionnel où certaines pratiques sont fortement ancrées. L’influence des pairs et la culture sectorielle peuvent conduire à une normalisation de comportements à risque.

Agir tôt, dès l’entrée en apprentissage, est indispensable. Les tuteurs, les CFA et les entreprises ont un rôle clé à jouer. En favorisant le développement des compétences psychosociales, et en combinant formation, outils pratiques et innovation pédagogique, il est possible de réduire significativement les risques.

Investir dans cette prévention, c’est protéger les jeunes, sécuriser les entreprises et renforcer l’attractivité des métiers. GAE Conseil peut accompagner cette démarche en proposant des solutions adaptées à chaque secteur et à chaque structure.